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(…)
ALINE, doucement retourne à la table et s’assied.
ALINE
J’ai rencontré l’Autre.
LA MORT la suit et s’assied de même.
LA MORT
L’Autre ? Tu veux dire ma rivale, mon complément, mon indispensable,
mon indissociable ? Ma raison d’être.
ALINE Oui.
LA MORT
Mais l’Autre tu la connais depuis plus de trente ans maintenant !
Rien de nouveau ce n’est pas un scoop !
ALINE Ce n’est pas pareil.
LA MORT
Comment cela pas pareil ?
ALINE
Avant je La côtoyais bien naturellement mais Elle était lointaine
comme si je ne parvenais pas à établir une relation réelle et tangible.
Notre relation était convenue, parfois cordiale mais le plus souvent
pour moi superficielle et insatisfaisante, Elle me rendait malheureuse.
LA MORT
Cela je le sais ! J’étais bien placée pour le savoir mais précisément, je te le demande:
qu’est-ce qui a changé ?
ALINE
Maintenant je La regarde toujours mais plus d’aussi loin non je m’approche d’Elle,
je me suis approchée si près que j’ai fini par La toucher.
LA MORT
Et alors ?
ALINE
Alors ? Alors Elle m’a souri comme Elle ne l’avait jamais fait.
Moi qui croyais jusque-là qu’Elle ne voulait pas de moi,
qu’Elle ne voulait pas que j’établisse une relation plus profonde,
plus intime, j’ai compris à cet instant-là, que je m’étais trompée.
LA MORT
Qu’est-ce qu’un sourire ? Un simple étirement horizontal des lèvres,
des dents plus ou moins jaunes qui apparaissent et tu prétends que
cette seule mimique a pu engendrer chez toi un tel changement ?
ALINE
Elle m’a souri, j’ai tendu la main, je lui ai caressé la joue d’abord.
Puis j’ai pris son visage entre mes mains. Je l’ai longtemps examiné,
Elle se laissait faire toujours souriante et en silence. Je scrutais ses imperfections,
ses défauts, Elle voyait ce que je constatais. Mais au lieu de le prendre mal
et de s’éloigner de moi, comme je craignais qu’Elle ne réagisse,
Elle m’a pris ma main dans la sienne et lentement très lentement sa main me guidait.
Je touchais sa peau, je sentais par endroits une très grande douceur,
par d’autres l’épiderme était rêche même blessant.
Ma main saignait, j’ai voulu l’enlever, Elle l’a retenue, Elle m’a contrainte
à finir d’explorer son visage. Je pleurais et
LA MORT devient nerveuse, remue sur son siège, s’agite.
LA MORT
Alors là vraiment je ne te comprends pas. Elle te fait mal, tu pleures même
tant la douleur, je suppose, est forte et tu me racontes ça émue presque attendrie.
Il faut être franchement mais maso pour réagir comme ça ?
ALINE
Peut-être, sans doute, c’est ce que j’aurais pensé avant. Maintenant cela me paraît
sans grand intérêt à la vue de ce qui suivit.
LA MORT
C’est à dire?
ALINE
La suite fut délicieuse.
(….)
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